3, 2, 1 Managez ! #1 – Sois spontané !

Pour le premier article de notre nouvelle série, nous vous proposons d’aborder le paradoxe et la double contrainte en situation de manager.

3 exemples

« Sois spontané ! »

Exemple cité par Paul Watzlawick, qui illustre une demande contenant une contradiction qui empêche sa réalisation. Il est en effet impossible d’être spontané sur commande. C’est ce que l’on appelle une injonction paradoxale.

« Prends des initiatives (… mais qui me conviennent) » ou encore « Je vous fais confiance (… mais je vous contrôle de près) »

Autres exemples, illustrant des demandes dont le manager lui-même en rend l’exécution impossible : par son attitude (= message implicite) ou les réactions qu’il a déjà pu avoir dans le passé, il empêche son/ses collaborateur(s) de faire ce qu’il demande. Il s’agit, là aussi, d’injonctions paradoxales (ordre + contenu explicite ou implicite non compatibles)

« J’ai l’impression que quoi que je fasse, j’ai tort; Je suis coincée ».

Exemple d’une assistante de projet, très consciencieuse et investie dans son travail; son manager direct lui demande de soigner particulièrement la forme des documents qu’elle produit pour le compte de l’équipe. Dans le même temps, et en l’absence du manager direct, son N+2 lui reproche de passer trop de temps sur la mise en forme et de ne pas avancer assez vite sur d’autres choses qu’elle a à faire. Dans l’impossibilité de nommer la difficulté qu’elle vit et de s’y soustraire, elle se trouve en situation de double contrainte.

2 définitions

L’équipe de recherche de Gregory Bateson a, dès les années 50, approfondi les effets des paradoxes de la communication sur le comportement humain.

Ces travaux abordent les notions de paradoxe logique et de paradoxe pragmatique = paradoxe situé au niveau de l’ordre plutôt que du contenu.

Les premiers exemples cités au début de cet article sont des paradoxes pragmatiques que l’on peut rencontrer dans l’univers professionnel (= injonctions paradoxales).

Un autre exemple, tiré de la sphère personnelle, reprend les propos d’une femme déjà mère et qui donne un conseil à une toute jeune maman = « je ne te donnerai qu’un conseil : n’écoute pas les conseils qu’on te donnera pour élever ton bébé ». Que peut faire la personne ? Quoi qu’elle fasse, cette personne est coincée.

La double contrainte (double mind) = résultat d’injonctions paradoxales, c’est-à-dire d’un ensemble de 2 ordres, explicites ou implicites, intimés à une personne qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre. G. Bateson le définit ainsi : « vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ».

C’est le fait d’être acculé à une situation impossible, où sortir de cette situation est également impossible.

Des doubles contraintes surviennent dans les univers personnel et professionnel, comme les exemples cités plus haut nous l’illustrent. Dans ces univers, ce qui rend la double contrainte particulièrement éprouvante est le niveau de relation important existant entre les 2 personnes et le côté répétitif.

1 nécessité : (ré)agir

Un manager peut, selon les cas, être à l’origine d’une injonction paradoxale ou d’une double contrainte, ou les vivre à son propre niveau (avec l’un de ses pairs, son manager etc …). Ces situations peuvent engendrer des difficultés réelles, tant personnelles (psychologiques) que relationnelles (conflit).

Quelques pistes pour agir lorsque l’on est un collaborateur ou un manager qui « subit » ce type de situations :

  • nommer sa difficulté
  • identifier les messages contradictoires, les doubles messages (messages à des niveaux différents)
  • méta communiquer : communiquer sur ce que l’on comprend, perçoit, ressent
  • distinguer et « sauter » les niveaux logiques – « on ne peut résoudre un problème avec le même type de pensée que celui qui crée le problème » (Albert Einstein)
  • sortir de la situation : partir, adopter une position d’observateur

Quelques pistes pour « éviter » d’être un manager à « l’origine » d’une injonction paradoxale ou d’une double contrainte dans sa relation managériale :

  • s’assurer que ce que l’on demande est possible
  • développer sa connaissance et sa conscience des enjeux et des mécanismes de la relation
  • prendre en compte le contexte de l’entreprise et son système de communication

sources : J. Wittezaele « La double contrainte » – E. Boutan et K. Aubry « Essaye encore » … et notre expérience